Notre rencontre avec un culte à Séoul !

Bonjour ou bonsoir !

Aujourd’hui, on vous propose un article différent de la ligne éditoriale. C’est une expérience qu’on aimerait vous relater, vu que on ne nous a jamais averti de cela avant de partir en voyage là-bas, et que maintenant nous nous chargeons de le raconter à notre entourage qui déciderait de voyager à Séoul.

Il faut vous remettre dans le contexte de cet été 2017. Voici le topo : Nous voyageons à quatre en Corée du Sud en ce mois de juillet. Hanie et sa petite soeur (Nath), ma petite soeur (Mali) et moi. Nous avions grosso modo une semaine à passer à Séoul, une autre à Busan, quelques jours à Daegu et puis une dernière semaine à Séoul avant de retourner en France/Belgique. (Oui en fait c’est un bon détail les dates).

Nous débarquions fraîchement sur le sol séoulite et nous attendions une amie belge, Fanny, qui elle, voyageait en Chine mais a décidé de nous rejoindre pour quelques jours à Séoul. (Vous nous suivez toujours ?).

Ce jour là, il faisait très chaud. Hanie et ma petite soeur sont parties se reposer dans notre Airbnb, et Nath et moi, avons continué à nous balader dans Hongdae (ou plutôt, à continuer notre folie dépensière qui nous fera mordre nos doigts par après – mais ça c’est une autre histoire), afin de pouvoir réceptionner Fanny qui atterrissait à Incheon et qui prenait le train jusqu’à Hongik Station, pour pouvoir l’amener à notre Airbnb et déposer sa valisette.

En rentrant de StyleNanda, nous nous faisons accoster par deux coréens. Une fille dans la vingtaine, ainsi qu’un jeune garçon. Ils nous ont demandé à Nath et moi, après avoir vu notre sac “Stylenanda”, la direction vers le magasin. Nous leurs avons expliqué bien gentillement, puis ils ont entamé une conversation très naturelle avec nous. Ils nous ont dit que c’était parce qu’une de leurs amies “étrangère” était fan de cette boutique, et ils se sont demandés s’ils pouvaient lui rapporter quelque chose de là-bas. On leur a ensuite demandé s‘ils venaient de Séoul même. “Non, on habite à Incheon. On vient juste certains weekends ici, pour aider un groupe de jeune etc.”.

Super sympas. Ils nous ont demandé si on connaissait la Kpop, certains K-shows (on a eu une bonne discussion avec le jeune homme concernant Show me the money), et si la culture nous intéressait.

Ils nous ont demandé si cela nous intéresserait de pouvoir vivre une expérience chouette en portant des Hanboks (Mes chers lecteurs, le mot “hanbok” doit être un signal d’alarme) et découvrir la culture coréenne etc avec des coréens. Tout cela gratuitement pour les touristes étrangers. C’était justement le groupe de “jeunes” dont ils faisaient partie et les activités se déroulaient dans un bâtiment près d’une station de métro (Très éloigné de notre airbnb bien sûr). Celles-ci commençaient le jour même dans une heure ou deux. Est-ce que j’ai déjà mentionné qu’ils étaient super gentils ?

Mais aller dans un endroit dont on avait jamais entendu parler, avec des gens que l’on connaissait depuis vingt minutes, c’était pas super engageant mais YOLO, on était réticentes mais on se sentait mal de refuser leurs offres. Ils étaient prêts à nous attendre près de la station de métro de notre airbnb afin de nous amener au lieu des “festivités”.

Nous les avons prévenus de la venue de notre amie que l’on devait d’abord réceptionner et amener à notre appartement. Donc on s’est échangé nos Kakaotalks (don’t judge me), et nous leurs avons dit à tantôt (ou à plus tard pour nos ami.e.s français.e.s)

Fast forward, on en a parlé à Hanie et Mali via messenger, elles étaient tombées des nues en apprenant notre petite aventure. Lorsque Fanny est arrivée, nous lui avons raconté qu’on allait directement rencontrer des coréens qui nous feraient porter des Hanboks et tout le tralala. Elle n’était pas rassurée non plus. Mais on s’est dit qu’on était cinq, et on a déjà vécu à Liège, Bruxelles, Barcelone, Paris, on était rôdées aux voleurs et agressions, qu’est-ce-qu’il pourrait nous arriver ?

On les a rejoint après avoir débattu dans l’appartement s’il fallait y aller ou non. Après une demi-heure de rafraîchissement de visages (parce que c’était plus possible avec la transpiration), nous nous sommes déplacées jusqu’à la station de métro Sincheon. On les a rejoint beaucoup plus tard que prévu, et ils nous on dit que nous allions être en retard pour les activités.

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Les conversations Kakao avec la fille du duo. Il faut rajouter huit heures pour avoir l’heure de Séoul. Donc on les a rencontrés vers 16h comme vous pouvez le constater.

 

 

Sur la route nous avons papoté avec eux, assez naturellement. Ils nous ont amenées dans une station de métro pas touristique du tout, nous avons marché dans une rue parallèle et sommes arrivées dans un bâtiment où nous avons pris l’ascenseur. Arrivées en haut, il a fallu passer une porte menant à des escaliers donnant sur le toit. Je me souviens très bien de ça car on arrêtait pas de parler français en essayant d’avoir un ton enjoué pour ne pas faire comprendre que l’on se faisait caca dessus quand même un petit peu. “Heu le laissez pas être le dernier dans la file, imaginez ils nous enferment dans une salle” “Soyez sur vos gardes !”.

De là ils nous ont amenées dans une salle sur le toit, on s’est assis, ils nous ont raconté la réunification de la Corée et l’histoire de celle-ci (Je vous avoue, je ne me souviens pas très bien des détails, ils étaient pressés et on arrêtait pas de blaguer, maintenant avec le recul, je me dis qu’ils ont dû nous trouver lourdes haha). On a dû donner nos noms et nos dates de naissance qu’ils ont écrits sur un papier afin de le brûler lors de la cérémonie (?????????? Cérémonie ?????? On a cru à une mauvaise interprétation de leur terme anglais). Dans la méfiance, Fanny a donné un faux nom. (Mais pas nous, pour aucune bonne raison haha).

On nous a pressées vers une autre salle que l’on a traversée. Dedans, des étrangers en Hanboks en train de se lever, s’abaisser et faire une sorte de révérence. Dans la salle suivante, la fille qui nous accompagnait nous a expliqué qu’il ne fallait pas faire de bruit et qu’on allait pouvoir choisir nos Hanboks (peut-être le seul point positif), et elle nous aiderait. Mais d’abord, il fallait se déshabiller là tout de suite maintenant (On restait encore pudiques entre nous … Jusqu’au jour où nous sommes allées au Spa ensemble, mais ça c’est une autre histoire.) On s’est exécutées en gardant nos t-shirts quand même, prétextant que le tissu du Hanbok pouvait nous causer des démangeaisons.

Après nous être changées, elle nous a appris, en vitesse car nous étions très très en retard et ils étaient déjà à un peu plus de la moitié de l’activité/cérémonie, à faire la révérence/prière pour les dames. Aucune de nous n’y est arrivée. Du coup elle nous a montré celle des hommes, qui était plus facile. Elle nous a expliqué que l’on avait pas le droit de parler, de lever la tête, et que l’on devait suivre les autres quand ils “priaient”. Elle nous a ensuite lancées dans la salle rassemblant tous les étrangers en Hanboks, et nous a placées. Puis on s’est exécutées, perdues : On s’est abaissées au moins dix fois au son de leur chant. A plusieurs moment, je n’ai pas pu m’empêcher de regarder autour de moi et donc de regarder plus haut que je ne le devais. On m’a plusieurs fois rappelée à l’ordre de baisser le regard. On a aussi rappelé à l’ordre quelques une d’entre nous qui chuchotions. Fanny et moi avons bien failli attraper un fou rire en se regardant lors de nos premières relevées.

Après ce rituel, nous avons été placées en cercle autour d’un feu. Là ils ont brûlé nos papiers, et puis il y a eu un petit moment où l’on a pu prendre des photos ensemble. On s’est rendues compte qu’il y avait d’autres francophones et ils nous ont raconté que l’on était vraiment chanceuses d’être arrivées assez tard car cela faisait au moins vingt bonnes minutes qu’ils étaient occupés à faire les mêmes révérences. On a compris qu’ils ont aussi été attirés de la même manière que nous.

Avec mon petit groupe, on a très vite discuté en français. Il fallait partir vite. Nous avons prétexté le fait d’avoir un rendez-vous avec d’autres amis, et que l’on était déjà en retard. Je leur ai montré un message (en français haha) pour appuyer mes propos. Ils nous ont dit “Oh dommage, nous voulions manger avec vous. Mais on va vous raccompagner !”. (Avant cela on a eu le temps de prendre des photos de nous en Hanboks, mais après un problème de téléphone portable, on les a perdues).

Ils nous ont effectivement raccompagnées jusqu’au métro, que nous avons pris pour rentrer chez nous. (Ou faire une petite sortie à Myeongdeong, je ne me rappelle plus trop).

Et c’est la dernière fois que nous entendions parler de ces deux jeunes personnes qui nous ont abordées dans la rue pour une expérience unique.

(SPOILER ALERT : NON, VOICI TOUT DE SUITE LA DEUXIÈME PARTIE)

Après cet “incident”, on a pu profiter de notre semaine à Séoul avec Fanny. Quand nous sommes parties pour Busan, celle-ci finissait ses vacances en Chine. Après Busan, Daegu, et puis retour sur Séoul.

Nous nous promenions à Hongdae, et en marchant, Hanie nous a interpellées :  “Heu, c’est pas la fille qui nous avait abordée la première semaine ?”. Et oui, de loin, on pouvait reconnaître celle qui nous avait pourtant dit qu’elle venait d’Incheon et ne venait que de très rares weekends dans la capitale. Ce jour-là elle était accompagnée d’une fille plus jeune qu’elle. Et devinez avec qui elles tenaient une conversation ? Des touristes. Ayant vécu l’expérience, et voulant éviter une heure de prières alors que l’on te promettait une expérience culturelle sympa avec d’autres touristes (Oui, c’était plus ou moins le cas mais c’était pas du tout fun), nous nous sommes approchées derrière les deux recruteuses. Elles tenaient à peu près le même discours que l’on nous avait servi. Nous avons donc, derrière le dos des deux coréennes, fait des signes aux deux touristes de ne pas y aller. Nous sommes vites parties avant que l’on nous reconnaisse telles de fières superhéroïnes incognitos.

Suivant cela, une vive discussion entre nous. Nous avions donc été trompées ! Ils ne venaient pas que “rarement”, nous en étions sûres. Nous avons donc tapé des mots-clés sur Internet et DUNDUNDUN. Nous avons découvert qu’il s’agissait d’une secte appelée Daesun jinrihoe (대순진리희).

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Leur emblème.

Ils ont une vision différente de ce que l’on pense du karma et essaient d’attirer les étrangers dans l’espoir de propager leurs idéologies dans nos pays. Apparemment ils demandent aussi à ceux qui ont suivi la prière et le repas de ne pas parler de ce qui s’est passé pendant cent jours, et de ne pas partager sur les réseaux sociaux les photos prises du lieu. Souvent, ils essaient de demander de l’argent à la fin de la cérémonie, quand vous mangez avec eux, afin de les aider. Apparemment on s’est enfuies avant. Et c’est courant. Pourtant nous n’avions jamais été prévenues de ce phénomène.

Les derniers jours à Séoul nous ont confirmés que c’était bien un coup monté pour attirer les jeunes touristes naïfs et naïves (comme nous) en leur promettant une expérience culturelle avec d’autres étrangers (et des HANBOKS, n’oubliez jamais ce mot-clé.) : Plusieurs fois, et ce, dans la semaine (pas que le week-end), on a pu apercevoir des binômes aborder des étrangers. Des fois nous reconnaissions l’une ou l’autre personne, que nous avions pu voir pendant notre “rituel”. A chaque fois, nous essayions de prévenir discrètement ces touristes de ne pas y aller.

Il y a quand même un jour où, je l’avoue, j’ai failli me faire avoir ENCORE UNE FOIS. C’est qu’ils ont un don pour la papote. Je marchais avec ma soeur à Hongdae (ils ne sont qu’à Hongdae j’ai l’impression). De loin et très vite, on peut passer pour des locales, du coup cette jeune femme est passée à côté de nous en contresens. Par contre elle a pu nous entendre parler français, et là elle s’est retournée en mode “Excusez-moi, savez-vous où se trouve la sortie de métro 6 de Hongik University ?”

Je réponds donc, ne me doutant même pas pourquoi une coréenne me demande une information sur Séoul alors que je ne suis clairement pas du coin, “Oui oui attendez ! C’est par là je pense, suivez-moi.” Ce à quoi elle me répond “Oh pas besoin” (????? POURQUOI TU ME DEMANDES SI TU NE VEUX PAS SAVOIR ??????). J’ai appelé  Nath et Hanie et là cette dame s’est exclamée “Ah vous êtes plusieurs amies ?”. Hanie est arrivée et nous a dit en français “Les gars, vous remarquez pas que c’est encore une recruteuse ?”. C’est là que ça a fait tilt dans ma tête. On s’est excusées vite fait car elle commençait à nous poser des questions et à sympathiser (et sa sortie de métro lui est sortie de l’esprit). On lui a dit qu’on était pressées et qu’on avait des choses à faire, et avons pris nos jambes à nos cous.

C’était vraiment notre dernière rencontre avec une recruteuse puisque nous nous envolions le soir-même vers la Belgique. Cela nous a fait une bonne anecdote à raconter à nos ami.e.s, mais aussi un petit article à vous faire partager. On vous prévient, si vous envisagez de voyager sans personnes “locales”, de faire attention à ce genre de chose, même s’il ne nous est rien arrivé de grave. Ce n’est pas leur idéologie que nous n’aimons pas mais bien leur façon d’appâter les gens. On se sent piégé dans quelque chose qu’on nous a caché.

Après si votre kiff c’est de vous incliner et vous relever comme dans un exercice de gym sans pouvoir lever le regard ni parler, sans savoir quel est le but du rituel, pendant trente bonnes minutes (et croyez-moi, nous y sommes restées que cinq mais elles nous ont parues très longues), alors foncez vers ces “recruteurs et recruteuses”, ils vous accueilleront les bras ouverts. Et le portefeuille aussi.

Ecrit par Léna
Corrigé gentillement par Fanny !